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Argelès-sur-Mer

 

Une merveilleuse conteuse de la Retirada m’avait conseillé de commencer mon voyage par la plage d’Argelès. “Elle vous dira bien de secrets”, avait-elle écrit. Et elle avait raison.

Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains des franquistes. C’est quasi la fin de la guerre civile, qui terminera officiellement le 1er avril 1939. Dès la chute de Barcelone, des centaines de milliers de catalans, civils, républicains, militaires, décident de traverser les Pyrénées, vers la France. Ils craignent Franco et ses représailles. Ils s’entassent à la frontière, sous les bombardements du généralissime. La France ne sait pas comment réagir. D’un côté le gouvernement de Daladier craint cet afflux massif de catalans, dont de très nombreux “rouges” communistes. D’un autre côté, les valeurs républicaines l’enjoignent d’aider les populations opprimées.

Les frontières seront ouvertes le 28 janvier, mais seulement aux civils. Ce n’est que le 5 février que les militaires pourront passer. En une semaine, ils sont près de 500 mille réfugiés à traverser les Pyrénées.

Mais pour aller où ? Argelès-sur-Mer est un petit village. Quelques milliers d’habitants tout au plus, qui ne demandait rien à personne. C’est là que le gouvernement Français de Daladier prend l’initiative d’installer le camp qui accueillera les exilés.

La France est dépassée. Le camp d’Argelès déborde. Celui de Saint-Cyprien est ouvert, puis celui du Barcarès. L’exil se transforme en quarantaine. De vraies prisons sur le sable, entourées de barbelés. Les exilés sont directement escortés à l’intérieur, et des rafles sont organisées pour récupérer ceux qui essaient d’y échapper. La “sécurité” des camps est assuré par des bataillons coloniaux, spahis et tirailleurs Sénégalais.

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La population sur place n’est pas non plus très accueillante, même si beaucoup d’associations tentent d’aider les réfugiés. Ils accusent les espagnols d’avoir ravagé leur village, arraché des vignes. Le maire se plaint au gouvernement des dégâts occasionnés à sa plage, qu’il voulait tant mettre en valeur. Et c’est vrai que ces réfugiés pèsent sur les économies du pays.

Ces camps sont de véritables camps de concentration, de l’aveu même du ministre de l’Intérieur Albert Sarraut :

“le camp d’Argelès sur Mer ne sera pas un lieu pénitentiaire, mais un camp de concentration. Ce n’est pas la même chose”.

A l’époque, certes, on n’a pas la moindre idée encore que d’autres camps de concentration allaient voir le jour, en Allemagne, et seraient bien pire encore.

Les premières semaines, les hommes dorment à même le sable, où ils s’enfoncent pour échapper au vent et au froid. Les conditions d’hygiène sont déplorables, la nourriture est trop rare. Les décès sont fréquents. Mais la vie reprend son cours, même entre trois murs de barbelés et un océan. Des baraquements sont érigés, avec de la main d’oeuvre espagnole. Des écoles, infirmeries, seront mises en place.

Le camp se videra petit à petit. Au profit d’autres camps notamment. Certains sortiront pour travailler : la guerre commence et la France manque de main d’oeuvre. D’autres rejoindront la résistance française. D’autres se battront contre les Allemands ou s’exileront outre-Atlantique.

Aujourd’hui, il ne reste du camp que du sable, quelques cailloux, des plantes. Le reste est envahi de camping cars ou d’hôtel. Seul un monolithe marque l’entrée du camp. Monument de mémoire un peu caché aux yeux des touristes non avertis.

Le monolithe qui marque l'entrée du camp

Homme libre, souviens-toi

Pedro Fuentes est l’un des initiateurs du mouvement qui tente aujourd’hui encore de ramener la Retirada dans la mémoire collective. Je l’ai rencontré à l’association FFREEE, dont il fait partie. Association dont je parlerai bientôt.

Photos d’archives : http://argeles-retirada.blogspot.com/‎ (en cache)

Musique : une magnifique chanson de Lluis Llach reprise par Silvia Pérez Cruz : Corrandes d’exili.

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